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Jeux symboliques et petite enfance : et le genre dans tout ça ?

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« Non, mon fils ne jouera pas avec une tête à coiffer, c’est pour les filles  », « c’est tellement réaliste maintenant l’électroménager miniature qu’ils font pour les petites filles dans les magasins de jeux  », ou encore « C’est un vrai petit garçon manqué, elle ne joue qu’avec les petites voitures jamais à la poupée ! ». Mais sur quoi on s’appuie pour dire ça ? Est-ce que le sexe – biologique – qui nous est attribué à la naissance doit nécessairement déterminer nos comportements ? Ou tout du moins, si nos actes, ici ceux des enfants, ne correspondent pas à ceux qui sont attendus par rapport à leur sexe, sont-ils inquiétants ? Vont-illes changer de sexe ? Être homosexuel-le-s plus tard ?...

Non, il n’y aucun lien de cause à effet allant dans ce sens. Ce sont seulement les adultes qui projettent leurs représentations et leur conditionnement, d’hommes et de femmes, sur les enfants. « Les filles doivent agir comme ça et les garçons comme ça, c’est inné. ». Or, on parle seulement ici de jeux symboliques, premier moyen pour le jeune enfant de se construire, s’approprier le monde qui l’entoure. C’est en jouant que l’enfant se développe, sur un plan moteur et psychique, et c’est par le jeu symbolique et l’imitation que l’enfant tente de comprendre l’adulte. En reproduisant les occupations des adultes, en prenant différents rôles, l’enfant découvre ses possibilités multiples et facilite ses rapports avec la société qu’il devra intégrer. Par ailleurs, la construction identitaire de sexe et de genre débute vers l’âge de 2 ans et se poursuit jusqu’à 7 ans (il ne faut pas prendre ces chiffres comme des barrières étanches bien évidemment). Mais c’est pourquoi, lorsque l’on travaille avec la petite enfance, cela peut être intéressant de s’interroger sur cette question.

Le jeu symbolique étant la principale forme de jeu pour l’enfant de 3 à 6 ans, qu’en est-il de notre responsabilité en tant qu’animateurices ? Devons-nous lui transmettre uniquement nos représentations ou plutôt lui permettre d’explorer l’ensemble des possibles ? A mon sens, la deuxième proposition me semble évidente. En tant qu’adultes, nos actes et nos propos ont beaucoup d’impact sur la construction de l’enfant. Alors quand l’enfant entend, de la bouche de l’animateurice, qu’en tant que fille ou garçon ce n’est pas normal de faire ça, ille l’intègre comme une règle, une norme. Ou quand l’animateurice propose tel type de jeu à un garçon et tel autre à une fille, l’enfant l’intègre de la même manière. Ainsi, petit à petit, l’enfant s’interdira certains jeux en fonction de son sexe. Ille ne jouera plus en fonction de ses désirs mais en rapport aux normes que nous lui auront véhiculées, ou alors nous auront influencé ses désirs pour qu’ils répondent aux normes.

Il ne s’agit pas d’avoir une vigilance permanente à nos propos, mais prendre conscience et de travailler sur les représentations et les préjugés qui nous façonnent permettra déjà d’en relativiser l’incidence sur les enfants. Le travail d’équipe et la réflexion collective sur ce sujet peuvent également être aidants. En réfléchissant par exemple à l’aménagement des espaces de jeux, en ne créant pas des coins de jeux dits « féminin » et d’autres dits « masculins » mais en aménageant des espaces de jeux symboliques en lien avec ce qu’ils permettent, on peut amoindrir le poids de ces normes. La question des albums jeunesse me semble importante aussi. Beaucoup sont construits de manière genrée, les femmes et les hommes répondant toujours à des rôles très normés. Or, il existe aussi de nombreux albums jeunesse traitant de cette question des genres ou ne cloisonnant pas les rôles des personnages en fonction de leur sexe. La posture de l’animateurice est également à prendre en compte sur plusieurs aspects. Est-ce que les jeux dits « masculins » sont portés par des animateurs uniquement et à l’inverse ceux dits « féminins » portés par des animatrices ? Une vigilance, portée par l’équipe, à cela me paraît importante. Par ailleurs, lorsque l’on voit un enfant qui s’ennuie, qui erre, on peut peut-être lui proposer des choses en lien avec ses envies plutôt qu’en lien avec son sexe. Pour cela la référence et la réunion d’enfants me semble être des outils aidants pour mieux connaître les enfants et leurs centres d’intérêts, ainsi que la réunion d’équipe pour faire part aux collègues des enfants qu’on sent en errance.

Finalement tout ceci revient à se questionner sur ce que l’on veut faire en travaillant avec la petite enfance. Voulons-nous en faire des filles et des garçons qui rentrent dans les cases ou bien leur donner des clés de lectures des normes régissant la société pour leur permettre de choisir par eux-même de les adopter ou non ?

Emilie

Article extrait de l’Animacteur·ice n°9 - Dossier Jeux - Août 2012

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