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L’éducation aux médias : une discussion à deux voix

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On voulait écrire un texte de fond sur l’éducation aux médias et comme il y a plein de manières d’écrire, on a voulu d’abord parler puis retranscrire par écrit cet entretien à deux voix. Les deux personnes qui parlent d’éducation aux médias sont deux militants du champ « éducation aux médias » des CEMEA Pays de la Loire.

L’éducation aux médias : une nécessité

L : il peut y avoir un intérêt, une nécessité à éduquer aux médias parce qu’on est dans une société ou de manière transversale il y a des outils numériques, des médias etc. On les utilise, on les subit, on agit dessus, on fait des trucs avec différents outils, différents matériels et qu’on est hyper connecté. Du coup il peut y avoir un intérêt à accompagner, à éduquer à ces outils, ces objets, les questions qui peuvent être sous tendues et les enjeux liés à ça. Est ce qu’il y a un intérêt à s’acheter le dernier téléphone à la mode ? Pourquoi ? Est ce qu’il y a qu’un seul outil qui permet de faire du réseau social ? Une fois que tu as compris les outils que tu utilises, il s’agit de prendre un peu de recul sur tes usages et de se dire j’utilise cet outil là pour ça mais que c’est peut être pas le bon outil pour cette comunication là et qu’il y en a d’autres et que c’est pas forcément à l’école qu’on va accompagner tout ça.

L’éducation aux médias : c’est partout et pour tout le monde

L : A l’école il y a des trucs autour du B2I1 mais il y a très peu d’accompagnement. C’est pas à la maison ou souvent les parents vont dire mes enfants ont une pratique et moi je suis perdu, décalé, trop vieux, trop vieille par ce que c’est trop technique alors que c’est pas vrai. Il peut y avoir un intérêt à pratiquer, à réfléchir, avoir les mêmes usages en ayant réfléchit et prit un peu de distance.
T : De fait, pour moi, l’éducation aux médias et au numérique dans l’école n’est pas satisfaisante parce qu’aujourd’hui l’école considère le numérique par deux angles de vue qui sont restreints avec soi une approche autour de la prévention comme on peut nous demander d’intervenir auquel on dit non. Soit une approche autour de compétences comme peut l’être le B2I car de fait le numérique sera présent dans les futurs métiers et du coup penser l’école pour un métier futur ce qui est un biais pas pertinent. Soit on est dans la compétence soit dans la diabolisation de fait on est à côté des usages des jeunes et que pour moi une véritable éducation au numérique et aux médias doit aller bien au delà de ça.
L : Et après éduquer ce n’est pas que les jeunes, les enfants ; si on part du principe que tout le monde utilise les médias en écoutant la radio en prenant la douche le matin et se dire « pourquoi j’écoute la radio ? Est ce que je l’écoute vraiment ? Quelle radio j’écoute ? Qu’est ce que je retiens de ce que j’ai écouté ? ».
L : Du coup c’est aussi pour moi la place des espaces de pratique, du matériel à disposition et les personnes peuvent prendre du recul sur ses usages là. Qu’on se permette de faire des trucs avec des téléphones portables, des caméras, des webcam etc. Choses qui aujourd’hui ne sont pas présentes dans les écoles ou ailleurs dans les structures de loisirs.
T : Moi ce qui me paraît être intéressant c’est que ce soit aussi dans les maisons de quartiers, structures de loisirs etc, et qu’il y ait un projet autour du numérique et que ce soit réfléchi dans les projets éducatifs, les projets pédagogiques et de se dire quels objectifs, quels moyens on se donne, est ce qu’on a besoin de se faire accompagner par des personnes qui ont réfléchi à ces questions là, des besoins de formation. Pour l’instant le numérique est plutôt pensé comme un outil de communication je pense à la structure de loisirs qui veut communiquer avec ses jeunes donc elle utilise les réseaux sociaux mais il serait intéressant d’aller plus loin en pratiquant avec les jeunEs, de discuter de cet outil en se demandant pourquoi j’utilise ce réseau social et sur mon téléphone portable qu’est ce que ça fait et pourquoi.

Une tentation : la marchandisation

T : Le numérique permettrait aux élèves d’apprendre différement ce qui est une question intéressante à se poser. Et pour moi il faut faire attention, il y a un biais avec des grandes entreprises qui sont entrain de réfléchir et de proposer des packs logiciels « apprends tout » et tu pourras presque faire l’école à la maison et du coup il n’y aura plus besoin d’enseignantEs. Et quand on voit Rupert Murdoch qui dit que le logiciel permettra aux gens de penser par eux même et que d’ici quelques années on verra des gens juste derrière des ordinateurs et du coup il faut avoir une vigilance vis à vis de ce truc.
L : On peut peut être dissocier les mass médias : les gros médias internationaux, nationaux qui appartiennent à des entreprises des médias qui sont associatifs qui fonctionnent de manière collégiale, démocratique, participatif. Et puis l’avènement du web 2.0 et 3.0 qui est plus participatif permet de créer du contenu, de le publier et il y a déjà des pratiques de ce côté là et du coup il y a de l’intérêt à accompagner, à éduquer et toutes ces choses là.

Vers une éducation à la culture numérique ?

T : « et moi je trouve qu’il y a un enjeu autour de la culture numérique et se dire que c’est pas que des outils et qu’il y a une véritable culture du numérique qui est en construction, en partie construite, en perpétuel mouvement mais que du coup ça permet de sortir de l’outil et qu’il y a un enjeu assez fort à aller sur ces questions là.
L : « mais quand tu parles de culture numérique c’est un truc qui engloberait une culture musicale, web, lié à de la photo, toutes ces choses là ? »
T : « ouai c’est un ensemble de pratiques qui ont un sens »
L : « on va souvent dire que les Digital Natives, les personnes nées dans le numérique, ont cette culture et cette pratique parce qu’ils sont nés avec mais pas grand monde a les tenants et les aboutissants de ce qu’on peut nommer culture numérique et puis c’est pas parce qu’on est né avec qu’on sait les utiliser, le réfléchir. Après au vu de certains textes de lois français, on n’est pas dans une logique de culture numérique mais davantage sur « il y a des outils, est ce qu’ils rapportent de l’argent ? Est ce qu’ils ont des travers, des dangers ? Comment on peut diaboliser certains trucs ou pas ? ».Est ce que c’est un mouvement culturel comme tout un tas d’autres qui sont pas numériques ou c’est une lame de fond et transversal et qu’il y a prise de recul et qu’il peut y avoir un intérêt à dégrossir ce que c’est. Après est ce qu’on peut faire partie d’une culture numérique, avoir une réflexion dessus sans utiliser d’outils numériques ? A priorio oui aussi c’est pas parce qu’on fait tel ou tel chose qu’on peut pas réfléchir dessus, c’est peut être plus compliqué.

Des enjeux : pratiquer, former, accompagner

L : Derrière il peut y avoir un intérêt à ce que des gens s’approprient quelques médias et créent leurs médias alternatifs qu’il soient régionaux, locaux, associatifs comme ce qui est fait avec les webtv, les webdocumentaires qui existent déjà mais qui restent très formatés, très dans des cases. Moi je trouverais ça chouette qu’il y ait plein de petites radios, plein de petites télés, plein de petits magazines, reportages photo, fanzines qui soient imprimés sous le coude, distribués localement et que les personnes participent à la vie de la cité du coup agissent dessus et communique dessus.
Il y a les espaces de loisirs, les écoles qui doivent prendre le relais, accompagner, au delà que strictement le B2i. Mais il n’y a pas d’espaces ou tu viens faire des trucs avec un téléphone, un appareil photo, une caméra, une radio sur le temps du midi, un journal sur quelques mois ou semaines etc. Sinon l’école fait venir des intervenants extérieurs, soit ils vont sanctionner à tout va parce que tel et tel môme utilise son lecteur MP3, il a un casque sur les oreilles, il a son téléphone en cour mais ils ne vont pas essayer de détourner ces usages là aux services d’apprentissages.

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